Vision Mind Mapping Franck Maintenay (Mappin’Breizh)

Dans le cadre du débat sur  la “vision du Mind Mapping” voici la réponse de Franck Maintenay, fondateur de Mappin’Breizh, société de formation en Mind-Mapping proposant des conférences, ateliers et des formations en Bretagne plus précisément. Franck quant à lui est utilisateur actif du Mind-Mapping depuis 2006.

Quelle est votre définition du Mind-Mapping et comment l’utilisez-vous ACTUELLEMENT ?

Donner une définition du Mind-Mapping est toujours compliqué. En effet, une définition est, par essence, un concept alors que le Mind-Mapping, dans son résultat (la Mind-Map) est tout, sauf ça. On me demande régulièrement (régulièrement ne voulant pas dire « souvent ») de faire des conférences sur le Mind-Mapping à l’attention d’un public n’en ayant, au mieux, jamais entendu parler ou, au pire, disposant de quelques informations et donc d'un a-priori. Si, globalement le plan est toujours le même (le contexte, l’historique, la technique, les domaines d’application, l’informatisation de la discipline,…), je commence systématiquement par une définition qui, elle, change souvent, mais toujours en se simplifiant avec le temps. L’occasion m’a été donnée d’animer une conférence il y a une semaine, dans une école d’ingénieurs brestoise. Voici la définition que j’ai donnée : « Outil de recensement, d’organisation et de restitution des idées et des informations ». Léger, n’est-ce pas ? Cependant, pour moi, cette définition place, avant toute autre chose, le contexte d’évolution du Mind-Mapping. On sait qu’il s’agit d’un outil de gestion globale de l’information. Bien entendu, cette définition doit être étayée, mais seuls des éléments visuels (comment se constitue une carte ?, pourquoi ça marche ?,…) pourront le faire efficacement. Finalement, utiliser des mots et des phrases pour expliquer un outil qui, justement, prend le contre-pied de cette représentation de l’information n’a, pour moi pas réel de sens. La définition suivante (qui est un copier/coller de Wikipedia) permet-elle à un néophyte de réaliser concrètement ce qu’est le Mind-Mapping ? : « Une Mind Map (ou carte heuristique selon une traduction controversée) est un schéma, calqué sur le fonctionnement cérébral, qui permet de suivre le cheminement associatif de la pensée. Cela permet de mettre en lumière les liens qui existent entre un concept ou une idée, et les informations qui leur sont associées. La structure même d'une Mind Map en fait un diagramme qui représente l'organisation des liens sémantiques entre différentes idées ou des liens hiérarchiques entre différents concepts. À l'inverse du schéma conceptuel (ou carte conceptuelle, concept map en anglais)[1], les MIND MAPS offrent une représentation arborescente de données imitant ainsi le cheminement et le développement de la pensée. » . Je n’en suis pas certain.

Pour ma part, j’utilise le Mind-Mapping dans la grande majorité des situations, lorsque je suis confronté à de la gestion d’informations. Chargé de Missions au sein d’une entreprise de taille respectable du domaine de la Protection Sociale (700 salariés sur les départements du Finistère et des Côtes d’Armor), tous les dossiers dont j’ai la responsabilité sont modélisés sous forme de Mind-Maps créées sous Freeplane. Ces cartes me servent à la fois de base documentaire des dossiers en question (documents officiels, compte rendu, échanges de mails,…) mais également, et surtout, de centre névralgique de leur suivi. Un outil de Gestion de Projets en somme. Ca, c’est pour l’exploitation la plus « industrielle » du Mind-Mapping. Toujours dans mon milieu professionnel « salarié », je crée tous les matins une carte sur une feuille A4 vierge des choses à faire dans la journée. Soit un report d’actions non effectuées la veille, soit des idées qui me sont venues à l’esprit « le matin en me rasant ». Cette carte me prend environ 2 mn à faire (une feuille, un stylo, 3 niveaux de branches maximum) et constitue ma feuille de route de la journée. Si certaines choses ne sont pas faites, je les reporte sur la feuille du lendemain.
Mais j’utilise également le Mind-Mapping pour mettre en place les quelques actions de formations qui me sont demandées dans l’année (donc avec ma casquette d’ « Autoentrepreneur Formateur ») ou compulser mes ressources sur le Mind-Mapping (textes, images, liens,…). Le Mind-Mapping m’a également aidé à écrire mon livre (« Mind-Mapping : transformez vos idées en projet avec Freeplane » aux éditions ENI. Je sais, c’est de la pub, mais j’assume 😉 ). J’initie également mes enfants, notamment mon ainé de 13 ans qui pratique le Mind-Mapping depuis 2 ans. Mais je vais à sa vitesse. En effet, je ne souhaite pas que le Mind-Mapping devienne une contrainte pour lui, une activité qui viendrait en plus des devoirs classiques. Si j’arrive à créer cette étincelle en lui qui lui fera dire « et si j’utilisais le Mind-Mapping pour synthétiser mon cours d’Histoire ? », alors ce sera partie gagnée. 
Ce ne sont ici que des exemples, mais il y en a d’autres.

Comment pensez-vous que sa pratique va évoluer dans le futur à moyen (5 ans) et long terme (10 ans) ?

Singulièrement, c’est l’arrivée des logiciels de Mind-Mapping qui a reboosté la discipline vieille de 40 ans (si on part du principe que la paternité du Mind-Mapping revient à Tony Buzan, ce qui semble être un vrai débat auprès de certains, mais qui n’a, à mon sens, aucun intérêt : le Mind-Mapping est là, aujourd’hui et maintenant). D’un côté, c’est une bonne chose (augmentation du nombre d’utilisateurs), de l’autre c’est un « danger ». En effet, avant d’utiliser un logiciel de Mind-Mapping, il est très fortement recommandé, voire indispensable, de connaître et maitriser les bases : le Mind-Mapping manuel. Lorsque l’on voit la condescendance de certains utilisateurs de logiciels (quels que soient ces logiciels) à l’égard du Mind-Mapping « classique », on se dit qu’on n’est pas arriver au bout du tunnel. Or certains résultats que l’on peut voir sont loin d’être optimisés : il s’agit d’un mix entre du linéaire et du Mind-Mapping : Une carte avec 4 malheureuses branches sur lesquelles reposent des phrases de 20, 30 voire 40 mots chacune. C’est vrai, je l’ai déjà vu !
Mais les faits sont là : on n’a jamais autant entendu parler du Mind-Mapping (à moins que je ne m’intéresse plus quà ça ?). Si on s’en tient à l’Education Nationale, de plus en plus d’actions individuelles d’enseignants sont visibles. De plus, souvent un « Mind-Mappeur » est un adepte du web 2.0, ce qui facilite les choses. Donc le « bouche à oreille » fonctionne et on peut compter sur son caractère exponentiel pour étendre encore la pratique du Mind-Mapping.
Le Mind-Mapping est indissociable de la « pensée visuelle ». Dans un monde de plus en plus complexe à comprendre et à suivre (je ne vous fais pas de schéma), cette discipline a encore tout son avenir devant elle.
Auprès des grandes organisations, le Mind-Mapping semble s’étendre peu à peu, même si nous n’avons que peu de retour sur le sujet, bien entendu (à quand les entreprises « Open-Source » 😉 ? ).
Quant à l’échéance (5 ou 10 ans), elle tient, pour moi, à une chose essentiellement : l’évolution de notre culture. Si, dès maintenant, en réunion professionnelle par exemple, les « linéaires » arrêtent de ricaner quand un « visuel » commence à dessiner sa carte, avec ses feutres éparpillés sur la grande table de réunion, alors le Mind-Mapping pourra s’imposer comme il se doit. Dans le cas contraire, on peut attendre encore un peu plus longtemps…

Comment devront évoluer les éditeurs de logiciels de Mind-Mapping ?

Pour moi, c’est presqu’une évidence : demain, le logiciel de Mind-Mapping sera collaboratif temps réel ou ne sera pas ! En effet, s’il existe un levier permettant à la fois d’étendre la pratique du Mind-Mapping et de tirer vraiment profit de cet outil, c’est sur le plan collaboratif. Cela peut vous paraître bizarre de la part d’un adepte de Freemind et Freeplane qui ne sont pas collaboratifs du tout, mais c’est mon profond sentiment. Concernant d’ailleurs Freemind et Freeplane, la situation ne devrait pas stagner très longtemps sur ce point (c'est ce qu'on appelle du teasing, non ?!).
Attention concernant le mode collaboratif : aucune organisation ne pourra se passer d’imposer la mise en place d’un certain formalisme dans la création des cartes. Le Mind-Mapping étant un outil avant tout « personnel », des conventions doivent être définies pour pouvoir comprendre les autres et se faire comprendre.

Le second point, peut-être plus simple à aborder qu’il n’y parait (si on dispose des fonds nécessaires !) : passer enfin de la représentation 2D des cartes à une représentation 3D.
Tous les adeptes s’accordent pour dire que le Mind-Mapping est une représentation d’informations analogue au fonctionnement de notre cerveau. Or, que je sache, notre cerveau est un « volume » et non un carré, un cercle ou un rectangle. D’autre part, la représentation 3D n’est pas un problème pour notre cerveau. La spacialisation est même l’une de ses facultés mise en évidence depuis l’antiquité.
Mais je dois bien-entendu préciser ce que j’entends par 3D. Il ne s’agit pas de donner de l’épaisseur « visible » à la carte, à l’instar d’iMindMap. Le rendu est certes plus joli et agréable à regarder (et ça compte), mais cela n’apporte rien sur le fond : la gestion de l’information. Il ne s’agit pas non plus de donner du relief aux éléments de la carte en chaussant une paire de lunettes rouge et bleue. L’idée est de remplacer les liens existant entre différentes cartes 2D (liens hypertextes) par un lien visible ou, mieux, « sensible » (comme le passage d’une diapo à l’autre dans Prezi). J’imagine, par exemple une sorte de sphère sur laquelle seraient « collées » les différentes cartes 2D (avec tous les éléments que l’on connaît aujourd’hui : branches, texte, images, mise en forme, éléments ressources,…). Lorsque l’on clique sur l’un des éléments reliés à une autre carte, la sphère tourne jusqu’à la carte cible.
Pour vous permettre un aperçu visuel de la chose, imaginez Google Earth. Conservez le moteur graphique, Supprimez les pays et les remplacez par des cartes heuristiques. Les liens hypertextes présents dans Google Earth (dans la colonne de gauche) sont remplacés par des liens hypertextes directement sur les cartes. Le Mind-Mapping entrerait alors dans une nouvelle dimension non ? Mettez les développeurs de Google Earth pour le moteur 3D, Garr Reynolds pour le design gobal et quelques bons développeurs de logiciels de Mind-Mapping (D. Polivaev,  C. Chilton,…) autour d’une table, et je suis sûr qu’il y a moyen, aujourd’hui, de créer quelque chose de consistant dans ce domaine.

L’equipe de Signos remercie Franck Maintenay pour sa contribution.

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